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Forum de l'APNEL

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#101 21-02-2019 22:57:18

jfreeman
Administrateur

Re : APNEL / FEMEN - Même combat ?

Dur de garder son calme sad


La condamnation pour exhibition sexuelle d’une militante a été confirmée en janvier par la Cour de cassation. Une censure de la nudité comme moyen de protestation contre l’emprise du droit, de la morale, de la société et de la religion sur le corps des femmes.


Le corps des Femen peut-il être politique ?


La Cour de cassation a condamné en janvier, pour la deuxième fois, une Femen pour exhibition sexuelle. Qu’on se le dise donc, les Femen sont des exhibitionnistes sexuelles ! Les juges estiment que le regard que l’on porte sur ces femmes ne peut être qu’un regard concupiscent et que, dès lors, l’activisme seins nus doit être prohibé. Cet interdit doit satisfaire les religieux qui exigent que les femmes se couvrent le corps de peur qu’il ne suscite le désir des hommes. Plus grave encore, c’est un mode d’action politique qui est condamné : dénoncer, par la nudité, l’emprise des hommes sur le corps des femmes, faire du corps une arme politique est interdit. Alors que plusieurs juridictions du fond (1) avaient tenté de neutraliser l’infraction en estimant que l’intention n’était pas sexuelle, la Cour refuse cet argument.


Les Femen sont des exhibitionnistes


Rappelons brièvement les deux affaires. La première portait sur un happening ayant eu lieu au musée Grévin, le 5 juin 2014, au cours duquel une militante s’était introduite dans l’établissement, salle des chefs d’Etat précisément, le haut du corps dévêtu laissant apparaître l’inscription «Kill Putin». Cette réfugiée politique ukrainienne faisait tomber la statue de Poutine dans laquelle elle plantait un pieu métallique partiellement peint en rouge, en déclarant «Fuck dictator». Elle est condamnée, logiquement, pour vandalisme («dégradation de biens appartenant à autrui»), mais également pour exhibition par le tribunal. La cour d’appel relaxe sur l’exhibition sexuelle, estimant que la Femen avait cherché avant tout à éveiller la conscience politique du public sur ce chef d’Etat. Le 10 janvier 2018, la Cour de cassation censure ce raisonnement : la poitrine nue dans un lieu ouvert au public est une exhibition sexuelle. Point. On se moque de l’intention.


La seconde affaire concerne l’action d’une autre Femen, française cette fois, seins nus dans l’église de la Madeleine (VIIIe arrondissement de Paris) au nom du droit à l’IVG. La cour d’appel de Paris ne s’intéresse pas au message politique, et se concentre sur la perception des témoins : «X a donc mis en scène une exhibition provocante de nature à offenser la pudeur publique et à blesser le sentiment moral de ceux qui ont pu en être les témoins, alors que ces derniers pouvaient légitimement s’attendre à ce que les personnes croisées dans un lieu de culte soient à tout le moins revêtues d’une tenue décente. X a d’ailleurs admis lors de l’audience qu’elle avait délibérément choisi ce lieu après des repérages, en raison de l’image forte qu’il suscitait et que des gens pouvaient se sentir directement concernés, visés, voire blessés par cette action.» On croirait lire la condamnation des Fleurs du mal. Le 9 janvier 2019, la Cour de cassation confirme : «Le fait pour une femme de dénuder volontairement sa poitrine dans une église qu’elle savait accessible aux regards du public, peu important les mobiles ayant, selon elle, inspiré son action, caractérise le délit d’exhibition sexuelle.»


Le délit est donc constitué. Qu’en est-il de la proportionnalité de l’ingérence dans la liberté d’expression ? Voici comment la Cour de cassation évacue l’argument : «La décision [de la cour d’appel] n’a pas apporté une atteinte excessive à la liberté d’expression de l’intéressée, laquelle doit se concilier avec le droit pour autrui, reconnu par l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme, de ne pas être troublé dans la pratique de sa religion, a justifié sa décision.»


Pour la Cour de cassation, l’exhibition du corps ne peut avoir manifestement qu’un objectif, un objectif sexuel. Ce qui condamne le mode d’action politique spécifique des Femen, en le considérant, en soi, comme une infraction pénale. Autrement dit, ce n’est rien moins qu’une jurisprudence de censure générale d’une forme de message politique partant du corps des femmes, et portant sur leur corps, mais pas seulement, comme le montre l’action au musée Grévin. C’est, encore une fois, une façon de traiter les femmes en mineures.


Une nudité à deux vitesses


Quand le délit d’outrage public à la pudeur existait encore (2), la cour d’appel de Douai avait jugé, le 28 septembre 1989, à propos d’un homme ayant sauté nu dans l’eau du port de Boulogne et nagé jusqu’à un navire britannique en partance pour l’Angleterre, repêché, puis arrêté par la police, que «la simple nudité d’un individu sans attitude provocante ou obscène ne suffit pas à constituer le délit d’outrage public à la pudeur».


Plus récemment, des jeunes gens entraînés par l’écrivain Arthur Dreyfus se sont livrés à une course totalement nus dans le jardin du Luxembourg en mars 2014. Ils n’ont pas été poursuivis, eux… Les Femen, qui défendent le droit des femmes à ne pas être considérées autrement que comme des objets sexuels, et ne dénudent que leurs seins, sont sanctionnées comme de vulgaires exhibitionnistes.


La nudité des hommes et des femmes serait-elle différente ? Si les hommes le peuvent en toute impunité, les femmes n’auraient-elles pas le droit d’utiliser la nudité de leur corps dans un but politique pour dénoncer l’emprise du droit, de la morale, de la société et de la religion sur leur corps ? Eh bien non.


Nudité politique contre nudité commerciale


Si l’on résume l’ensemble des tabous vestimentaires qui s’appliquent désormais aux femmes, on obtient ceci : elles doivent montrer leurs cheveux dans les écoles, elles ne peuvent pas se couvrir entièrement, elles peuvent porter un burkini à Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes) mais pas en Corse, elles ne peuvent pas non plus montrer leur poitrine dans un but politique, mais elles le peuvent s’il s’agit de faire de la publicité. N’est-ce pas précisément de cela qu’il s’agit ? Contenir sans arrêt et sous toutes formes, y compris contradictoires, le corps des femmes, lier leur corps au sexe, et le sexe au commerce pour mieux leur interdire l’accès au champ politique ?


Face à une Cour de cassation qui n’hésite pas à censurer purement et simplement le mode d’activisme choisi et théorisé par les Femen, il ne reste qu’à espérer persuader la cour d’appel de renvoi qui rejugera la jeune ukrainienne de résister. Dans ces affaires, on le sait depuis Tartuffe, la perversité est dans le regard.


(1) C’est ainsi que l’on désigne les tribunaux de première instance et les cours d’appel, qui jugent le fait et le droit. La Cour de cassation étant censée juger en droit pur.
(2) Il a été abrogé en 1994.


Thomas Perroud Professeur de droit public à Paris-II , Agnès Tricoire Avocate au barreau de Paris


Source : https://www.liberation.fr/debats/2019/0 … ue_1710360


Jacques FREEMAN du 91 (Essonne)
Vice Président, chargé de la communication
 


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#102 11-06-2019 16:38:53

jfreeman
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Re : APNEL / FEMEN - Même combat ?

Eloïse Bouton, activiste Femen, le 18 décembre 2014 dans l'église de La Madeleine, à Paris
afp.com/ERIC FEFERBERG


Paris - L'ancienne militante des Femen Eloïse Bouton, définitivement condamnée pour exhibition sexuelle
lors d'une action seins nus dans l'église de la Madeleine en 2013 à Paris, a saisi la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), a annoncé mardi son avocat.


"La requête déposée le 3 juin 2019 devrait, si elle est déclarée recevable, conduire la Cour européenne des droits de l'homme à se prononcer pour la première fois sur la conformité d'une condamnation d'une membre du mouvement Femen aux droits garantis par la Convention européenne des droits de l'homme", écrit Me Tewfik Bouzenoune dans un communiqué.


La Cour de cassation avait rejeté le 9 janvier le pourvoi d'Eloïse Bouton, rendant définitive sa condamnation à un mois de prison avec sursis, prononcée par la cour d'appel de Paris en février 2017, pour avoir exhibé sa poitrine nue dans l'église parisienne. La jeune femme avait à l'époque critiqué "un procès déguisé pour blasphème".


Dans une autre affaire, celle de l'ex-Femen Iana Zhdanova, la Cour de cassation avait estimé en janvier 2018 que son action seins nus au musée Grévin, un lieu ouvert au public, constituait bien une "exhibition sexuelle" alors que la jeune femme a toujours revendiqué un acte politique.
Iana Zhdanova avait été relaxée d'exhibition sexuelle en décembre par la cour d'appel de Paris, mais le parquet général a formé un nouveau pourvoi.


"Au-delà du droit à la liberté d'expression", la saisine de la CEDH doit également être l'occasion "de questionner la mise en oeuvre discriminatoire de la loi" puisque désormais l'exhibition sexuelle de la poitrine n'est pénalement répréhensible que lorsqu'elle est le fait d'une femme, en violation du principe d'égalité femmes-hommes", estime Me Bouzenoune.


Source : https://www.lexpress.fr/actualites/1/st … 83426.html


Jacques FREEMAN du 91 (Essonne)
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#103 11-06-2019 16:40:27

jfreeman
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Re : APNEL / FEMEN - Même combat ?

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   Eloïse Bouton, activiste Femen, le 18 décembre 2014 dans l'église de La Madeleine, à Paris afp.com/Eric FEFERBERG




Paris - L'ancienne militante des Femen Eloïse Bouton, définitivement condamnée pour exhibition sexuelle lors d'une action seins nus dans l'église de la Madeleine en 2013 à Paris, a saisi la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), a annoncé mardi son avocat.


"La requête déposée le 3 juin 2019 devrait, si elle est déclarée recevable, conduire la Cour européenne des droits de l'homme à se prononcer pour la première fois sur la conformité d'une condamnation d'une membre du mouvement Femen aux droits garantis par la Convention européenne des droits de l'homme", écrit Me Tewfik Bouzenoune dans un communiqué.


La Cour de cassation avait rejeté le 9 janvier le pourvoi d'Eloïse Bouton, rendant définitive sa condamnation à un mois de prison avec sursis, prononcée par la cour d'appel de Paris en février 2017, pour avoir exhibé sa poitrine nue dans l'église parisienne. La jeune femme avait à l'époque critiqué "un procès déguisé pour blasphème".


Dans une autre affaire, celle de l'ex-Femen Iana Zhdanova, la Cour de cassation avait estimé en janvier 2018 que son action seins nus au musée Grévin, un lieu ouvert au public, constituait bien une "exhibition sexuelle" alors que la jeune femme a toujours revendiqué un acte politique. Iana Zhdanova avait été relaxée d'exhibition sexuelle en décembre par la cour d'appel de Paris, mais le parquet général a formé un nouveau pourvoi.


"Au-delà du droit à la liberté d'expression", la saisine de la CEDH doit également être l'occasion "de questionner la mise en oeuvre discriminatoire de la loi" puisque désormais l'exhibition sexuelle de la poitrine n'est pénalement répréhensible que lorsqu'elle est le fait d'une femme, en violation du principe d'égalité femmes-hommes", estime Me Bouzenoune.


Source : https://www.lexpress.fr/actualites/1/st … 83426.html


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#104 28-02-2020 14:52:30

jfreeman
Administrateur

Re : APNEL / FEMEN - Même combat ?

Les seins nus des Femen sont bien de l’exhibition sexuelle, juge la Cour de cassation
La plus haute juridiction a toutefois relaxé la militante qui avait exhibé sa poitrine au musée Grévin de Paris, en juin 2014, reconnaissant une « démarche de protestation politique ».


Source : https://www.lemonde.fr/societe/article/ … _3224.html
Par Jean-Baptiste Jacquin
Publié le 26 février 2020


20200226_lemonde.jpg


Il est des victoires judiciaires qui laissent un goût amer. La Cour de cassation a rejeté, mercredi 26 février, le pourvoi du parquet général de la cour d’appel contre la relaxe de Iana Zhdanova. Pourtant, Marie Dosé, l’avocate de cette militante Femen qui avait exhibé sa poitrine au musée Grévin de Paris, le 5 juin 2014, y voit une « décision frustrante, une belle occasion ratée de faire évoluer une jurisprudence d’un autre temps ».


La question posée à la juridiction judiciaire suprême portait notamment sur le fait de savoir si montrer sa poitrine pour une femme est constitutif d’une exhibition sexuelle, délit puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende selon l’article 222-32 du code pénal. La chambre criminelle de la Cour de cassation répond clairement oui.


Dans cet arrêt, elle balaie même sèchement le raisonnement que la cour d’appel de Paris avait retenu en décembre 2018 pour prononcer la relaxe. « C’est à tort que la cour d’appel a énoncé que la seule exhibition de la poitrine d’une femme n’entre pas dans (…) le délit prévu à l’article 222-32 du code pénal, si l’intention exprimée par son auteur est dénuée de toute connotation sexuelle. » Les juges du second degré avaient en effet estimé que le délit d’exhibition sexuelle n’est pas constitué « si l’intention exprimée par son auteur est dénuée de toute connotation sexuelle, ne vise pas à offenser la pudeur d’autrui, mais relève de la manifestation d’une opinion politique, protégée par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme ».


En l’occurrence, la jeune femme ukrainienne avait écrit « Kill Putin » sur ses seins et s’en était pris à la statue en cire de Vladimir Poutine avec un piquet couvert de peinture rouge. Le cas de cette Femen a fait s’arracher les cheveux à plusieurs juges depuis six ans.


Elle a été condamnée pour dégradation mais avait contesté en appel, avec succès, tout caractère sexuel à cette manifestation « de nature politique » contre le régime russe. Une première décision de relaxe en appel a été annulée par la Cour de cassation en janvier 2018. Elle avait estimé que l’exhibition sexuelle était caractérisée, car Mme Zhdanova avait « exhibé volontairement sa poitrine dans un musée, lieu ouvert au public ». La seconde relaxe de la cour de Paris de décembre 2018, en ne se conformant pas à l’arrêt de la haute cour, était donc la manifestation d’un désaccord profond, et relativement rare après une première cassation, sur l’interprétation de la loi. Ce qui a motivé le nouveau pourvoi formé par le parquet général de Paris.


« Démarche de protestation politique »
Cette fois, si la Cour de cassation réaffirme haut et fort sa jurisprudence sur les poitrines dénudées, elle refuse de censurer la relaxe et rejette le pourvoi. Pour arriver à cette conclusion, la chambre criminelle s’est appuyée sur le principe du contrôle de proportionnalité prôné par la Cour européenne des droits de l’homme… que la défense de la militante Femen avait l’intention de saisir en cas d’échec.


Ainsi, écrivent les derniers juges, incriminer cette femme (aujourd’hui âgée de 31 ans) d’exhibition sexuelle « serait une ingérence disproportionnée dans l’exercice de la liberté d’expression ». Il s’agissait de faire la balance entre la protection de la morale et du droit d’autrui et celle de la liberté d’expression. Car, reconnaît l’arrêt, « le comportement de la prévenue s’inscrit dans une démarche de protestation politique ».


Le point final de cette saga judiciaire est donc la confirmation de la relaxe… mais pas pour la raison souhaitée par la défense. Alors que les mœurs ont évolué et que les poitrines nues peuvent se montrer dans des publicités, des magazines ou à la télévision, Me Dosé estime que « l’intention de la personne devrait être un élément qui caractérise l’infraction d’exhibition sexuelle ». Selon elle, c’est donc la loi qui est mal faite et anachronique, « c’est au législateur de la changer ».


L’avocate observe d’ailleurs qu’il serait malvenu d’attaquer pour « exhibition sexuelle » les femmes qui participent à des campagnes de dépistage du cancer du sein en posant pour des affiches de prévention du ministère de la santé.


Jean-Baptiste Jacquin


Jacques FREEMAN du 91 (Essonne)
Vice Président, chargé de la communication
 


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#105 28-02-2020 15:02:03

jfreeman
Administrateur

Re : APNEL / FEMEN - Même combat ?

20200226_cour_de_cassation.jpg



Arrêt n°35 du 26 février 2020 (19-81.827) - Cour de cassation - Chambre criminelle
- ECLI:FR:CCAS:2020:CR00035
EXHIBITION SEXUELLE - RESPONSABILITÉ PÉNALE Rejet


Sommaire 1
L’exhibition de la poitrine d’une femme entre dans les prévisions du délit prévu à l’article 222-32 du code pénal, même si l’intention exprimée par son auteur est dénuée de toute connotation sexuelle.

Sommaire 2
Si le comportement d’une militante féministe qui dénude sa poitrine, sur laquelle est inscrite un message politique, dans un musée en plantant un pieu dans une statue de cire représentant le dirigeant d’un pays, constitue l’infraction d’exhibition sexuelle, la relaxe de la prévenue n’encourt pas la censure dès lors que ce comportement s’inscrit dans une démarche de protestation politique et que son incrimination, compte tenu de la nature et du contexte de l’agissement en cause, constituerait une ingérence disproportionnée dans l’exercice de la liberté d’expression.


Demandeur(s) : Le procureur général près la cour d’appel de Paris
Défendeur(s) : Mme A... X...


Faits et procédure


1. Il résulte de l’arrêt attaqué et des pièces de procédure ce qui suit.


2. Le 5 juin 2014, Mme A... X... s’est présentée au musée Grévin, à Paris, dans la salle dite “des chefs d’Etat”, qui rassemble plusieurs statues de cire de dirigeants mondiaux. Elle a dévêtu le haut de son corps, révélant sa poitrine nue, portant l’inscription : “Kill Putin”. Elle a fait tomber la statue du président russe, M. Poutine, dans laquelle elle a planté à plusieurs reprises un pieu métallique pour partie peint en rouge, en déclarant : “fuck dictator, fuck Vladimir Poutine”. Elle a été interpellée et a revendiqué son appartenance au mouvement dit “Femen”, donnant à son geste le caractère d’une protestation politique.


3. Elle a été poursuivie devant le tribunal correctionnel pour exhibition sexuelle et dégradations volontaires du bien d’autrui. Par jugement du 15 octobre 2014, le tribunal correctionnel de Paris l’a déclarée coupable de ces deux délits, l’a condamnée à une amende de 1 500 euros et prononcé sur les intérêts civils. La prévenue et le ministère public ont relevé appel de ce jugement.


4. La cour d’appel de Paris s’est prononcé sur ces appels, par un arrêt du 12 janvier 2017, cassé par un arrêt de la Cour de cassation du 10 janvier 2018 (n°17-80.816), qui a renvoyé la cause et les parties devant la cour d’appel de Paris, autrement composée, laquelle a statué par l’arrêt attaqué.


Examen des moyens
Sur le second moyen
Exposé du moyen


5. Le moyen est pris de la violation des articles 122-1 à 122-7, 122-9 et 322-1 du code pénal, 591 et 593 du code de procédure pénale, défaut et insuffisance de motifs et manque de base légale.


6. Le moyen critique l’arrêt attaqué en ce qu’il a déclaré la prévenue coupable de dégradations volontaires du bien d’autrui par des motifs qu’il estime contraires à la loi, en relevant que le conseil de la prévenue ne fait plus valoir le fait justificatif du droit à la liberté d’expression et de l’état de nécessité, alors que la liberté d’expression ne constitue pas un fait justificatif, et que la seule allégation de l’état de nécessité ne peut suffire à écarter l’application du texte réprimant l’infraction.


Réponse de la Cour


7. Le moyen, qui se borne à critiquer, non la déclaration de culpabilité de la prévenue pour le délit de dégradations volontaires, mais un motif de l’arrêt, n’est pas recevable.


Sur le premier moyen
Exposé du moyen


8. Le moyen est pris de la violation des articles 222-32 du code pénal, 591 et 593 du code de procédure pénale, défaut ou contradiction de motifs et manque de base légale.

9. Le moyen critique l’arrêt attaqué en ce qu’il a prononcé la relaxe de la prévenue pour le délit d’exhibition sexuelle, alors que, d’une part, le dol spécial de l’article 222-32 du code pénal consiste seulement dans l’exposition à la vue d’autrui, dans un lieu public ou accessible aux regards du public d’un corps ou d’une partie de corps dénudé, d’autre part, l’arrêt s’est fondé, à tort, sur l’argumentation de la prévenue qui invoquait, pour justifier son comportement, un mobile politique ou prétendument artistique, et, enfin, l’arrêt a ajouté au texte d’incrimination une condition qu’il ne prévoit pas, en exigeant que le délit, pour être constitué, contrevienne à un droit garanti par une prescription légale ou réglementaire.


Réponse de la Cour


10. Pour relaxer la prévenue de l’infraction d’exhibition sexuelle, la cour d’appel retient que la seule exhibition de la poitrine d’une femme n’entre pas dans les prévisions du délit prévu à l’article 222-32 du code pénal, si l’intention exprimée par son auteur est dénuée de toute connotation sexuelle, ne vise pas à offenser la pudeur d’autrui, mais relève de la manifestation d’une opinion politique, protégée par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme.


11. Les juges énoncent que la prévenue déclare appartenir au mouvement dénommé “Femen”, qui revendique un “féminisme radical”, dont les adeptes exposent leurs seins dénudés sur lesquels sont apposés des messages politiques, cette forme d’action militante s’analysant comme un refus de la sexualisation du corps de la femme, et une réappropriation de celui-ci par les militantes, au moyen de l’exposition de sa nudité.


12. L’arrêt ajoute que le regard de la société sur le corps des femmes a évolué dans le temps, et que l’exposition fréquente de la nudité féminine dans la presse ou la publicité, même dans un contexte à forte connotation sexuelle, ne donne lieu à aucune réaction au nom de la morale publique.


13. La juridiction du second degré souligne que, si certaines actions menées par les membres du mouvement “Femen” ont été sanctionnées comme des atteintes intolérables à la liberté de pensée et à la liberté religieuse, le comportement de la prévenue au musée Grévin n’entre pas dans un tel cadre et n’apparaît contrevenir à aucun droit garanti par une prescription légale ou réglementaire.


14. C’est à tort que la cour d’appel a énoncé que la seule exhibition de la poitrine d’une femme n’entre pas dans les prévisions du délit prévu à l’article 222-32 du code pénal, si l’intention exprimée par son auteur est dénuée de toute connotation sexuelle.


15. Cependant, l’arrêt n’encourt pas la censure, dès lors qu’il résulte des énonciations des juges du fond que le comportement de la prévenue s’inscrit dans une démarche de protestation politique, et que son incrimination, compte tenu de la nature et du contexte de l’agissement en cause, constituerait une ingérence disproportionnée dans l’exercice de la liberté d’expression.


16. Le moyen ne peut donc être admis.


17 Par ailleurs, l’arrêt est régulier en la forme.


PAR CES MOTIFS, la Cour :
REJETTE le pourvoi ;


Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre criminelle, et prononcé par le président le vingt-six février deux mille vingt.


Président : M. Soulard
Rapporteur : M. de Larosière de Champfeu
Avocat général : M. Valat
Avocat(s) : SCP Garreau, Bauer-Violas et Feschotte-Desbois


Jacques FREEMAN du 91 (Essonne)
Vice Président, chargé de la communication
 


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#106 28-02-2020 23:56:36

John P
Membre

Re : APNEL / FEMEN - Même combat ?

Cela semble être une très mauvaise nouvelle pour les naturistes français. Si la plus haute juridiction dit "L'exhibition de la poitrine d'une femme entre dans les prévisions du délit prévu à l'article 222-32 du code pénal, même si l'intention exprimée par son auteur est dénuée de toute connotation sexuelle" alors il est certain qu'ils diraient la même chose au sujet de l'exposition du sexe, soit des femmes ou des hommes.


J'ai toujours pensé (et dit ici) que FEMEN était un groupe ridicule qui n'aidait pas le naturisme, mais je ne prétendrai pas qu'elles ont causé ce revers par leur tactique arrogante - le tribunal aurait peut-être dit la même chose dans un affaire de nudité non-sexuelle, comme par example l'incident impliquant Peter Misch, si son affaire soit parvenue à la Cour de cassation. Mais je vais souligner que c'est un cas impliquant FEMEN qui a conduit à cette déclaration!


Et sur les plages, le topless est maintenant interdit pour toujours?


Ou, peut-être que la fin heureuse sera que ce jugement ayant été rendu, 222-32 sera réécrit pour reconnaître une différence entre la nudité sexuelle et non sexuelle. Un beau rêve.

Dernière modification par John P (29-02-2020 00:02:52)

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#107 29-02-2020 15:56:55

pieton
Membre

Re : APNEL / FEMEN - Même combat ?

Non, vous n'y êtes pas du tout!


Si la poitrine est une partie sexuelle du corps, il faut demander au corps médical de redéfinir les parties sexuelles du corps, car jusqu'à présent le sexe est une partie bien précise et limitée.
Ensuite en supposant que le corps médical aille dans le sens de la cour de Cassation, il faudra:
- modifier la définition du dictionnaire en intégrant donc la poitrine des femmes (évidemment celle des hommes, à quel titre ferait-on une différence?)
Mais aussi la bouche, la langue, et que sais-je encore?,
Faisont confiance au Président Soulard' (ça ne s'invente pas) qui trouvera bien la solution.
Par exemple la burka pour tous.

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#108 29-02-2020 17:00:19

_Hub_
Membre

Re : APNEL / FEMEN - Même combat ?

Tout à fait d'accord avec @pieton !
Il va falloir que les membres de la cour de cassation retournent sur les bancs du collège. wink
( ...Dorénavant, je vais craindre de me m'afficher torse nu ! )


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#109 02-03-2020 19:03:24

jfreeman
Administrateur

Re : APNEL / FEMEN - Même combat ?

Cela fait longtemps que le patriarcat stigmatise le corps des femmes


https://www.apnel.fr/forum/viewtopic.php?pid=7718#p7718


Jacques FREEMAN du 91 (Essonne)
Vice Président, chargé de la communication
 


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